Prostituées chinoises entre le marteau de Belleville et l'enclume de Strasbourg-Saint-Denis

Chinese prostitutes between the hammer of of Belleville and the anvil of Strasbourg-Saint-Denis

À l'épreuve de la nouvelle loi prostitution qui pénalise le client, la vulnérabilité des prostituées chinoises de Strasbourg-Saint-Denis et de Belleville s'accentue. Et les << parcours de sortie >> se font attendre.

The vulnerability of the Chinese prostitutes of Strasbourg-Saint-Denis and of Belleville is being highlighted as a test of the new prostitution law which seeks to penalize clients.

Alertés par les jérémiades, les voisins passent une tête par la fenêtre. Dans la cour sale de cet immeuble de la rue du Faubourg-Saint-Denis, un type d'une soixantaine d'années tente d'annuler sa prune en jouant sur la corde sensible des flics qui le verbalisent : << J'ai fait de mal à personne !... >>. Face à lui, deux policiers silencieux, l'un écarte la jeune prostituée chinoise de la discussion, l'autre rédige le procès-verbal. Si les amendes tournent couramment autour de 300 euros (la loi prévoit un montant maximum de 1 500 euros, 3 500 en cas de récidive), ce client aura peut-être une chance de s'en tirer avec un rappel à la loi, au procureur d'en décider.

Alerted by the sirens, neighbors poke their heads through the window. In the dirty courtyard of a building on the rue de Faubourg-Saint-Denis, a type of about 60 years of age is trying to cancel his plum by playing on the sympathies of the police who are speaking with him: < I haven't hurt anyone!...>. Standing in front of him are two silent policemen, one moves the young Chinese prostitute away from the discussion, the other is taking notes. The fines are commonly around 300 euros (the law provides a maximum amount of 1 500 euros, with 3 500 in case of recurrence), this client may have a chance to get away with a point of law, with the Prosecutor deciding.

Fait suffisamment rare pour être noté, aucun des deux flics n'a demandé à Nancy ses papiers d'identité. Lorsqu'elle faisait le trottoir à Belleville, il y a encore un an, avant de négocier son espace près de la porte Saint-Denis, les interpellations étaient beaucoup plus << agressives >>, et ciblées sur les contrôles d'identité. Des rafles dénoncées par les associations de terrain, parmi lesquelles Les Roses d'acier et Médecins du monde, qui ont notamment poussé Nancy et sa colocataire à émigrer vers Strasbourg-Saint-Denis, un territoire bien plus organisé et où les places se négocient chèrement, loin du chaos bellevillois. Pour autant, c'est la deuxième fois qu'un client de Nancy se fait piéger rue du Faubourg-Saint-Denis. à deux reprises, le duo a été interpellé alors qu'il s'engouffrait dans l'immeuble. Alors, même si la place est << bien meilleure >> dans ce secteur, dixit la << colocataire >> de Nancy, interprète de fortune, la jeune prostituée pense à changer, une fois encore, d'emplacement.

It is to be noted that neither of the cops asked Nancy (this is not her proper name) to show her identity papers. When she was walking the pavements in Belleville a year ago, before negotiating a place near the porte Saint-Denis, these police investigations were much more common and were targeted on identity checks. Raids denounced by support organizations, including the Les Roses d'acier (Roses of Steel) and Médecins du monde (Doctors of the World), which were largely responsible for pushing Nancy and her roommate to emigrate to Strasbourg-Saint-Denis, a more well-organized territory where places are more expensive to obtain, away from the chaos of Belleville. However, this is the second time that a client of Nancy has been caught in the rue de Faubourg-Saint-Denis. On two occasions, the duo were arrested while they were entering into the building. So, even though the place is within the sector, according to the < room mate> of Nancy, in considering her fate, the young prostitute is thinking of once again changing her location.

Bien que la préfecture de police de Paris ne communique pas les derniers chiffres officiels, on sait que 250 clients ont été verbalisés sur le territoire à six mois de l'entrée en vigueur de la loi. Elle n'a pas été plus en mesure de confirmer à Charlie l'intensification de la répression à Belleville, ni les arrondissements où se concentrent les verbalisations. Une certitude néanmoins, l'impact <> a touché bien davantage que 250 cerveaux. En raréfiant les clients, la loi appauvrit fatalement les prostituées, et les fragilise face à des clients qu'elles ne peuvent plus se permettre de refuser, même pour des passes à 25 euros. Nombre de forums sur Internet font joyeusement état, dans leur << retour d'expérience >>, de ces tarifs bradés. Selon Tim Leicester, du Lotus Bus, association qui tient une permanence d'accueil à l'attention des prostituées de ces deux lieux, le constat est terrible : les clients qui continuent à venir sont souvent << les plus violents >>, ceux qui ne craignent pas les altercations avec la police. Afin de se protéger des contrôles, les Chinoises de Belleville viennent plutôt la nuit, quand les contrôles sont moins fréquents. << Au risque d'être agressées plus facilement, à la merci de clients bien souvent alcoolisés >>, continue-t-il. Une longue liste d'effets pervers, qui, par un effet de ricochet, se répercutent sur les logiques de territoires.

Although the prefecture of police of Paris does not communicate the latest official figures, we know that 250 customers have been fined in the territory in the first six months of law being in force. They was not able to confirm anything more about the intensification of repression in Belleville, or which districts attracted the most verbalisations. With certainty, however, the impact has affected much more than 250 heads. With scarce customers, the law fatally impoverishes prostitutes, and weakens their bargaining power in the face of customers who they can no longer afford to refuse, even for 25 euros a time. In several forum on the Internet, celebration is made of these cut-rate prices. According to Tim Leicester of Lotus Bus, an association that offers a permanent welcome to the prostitutes of these two area, the situation is terrible: those customers who continue to come are often "the most violent" who do not fear altercations with the police. In order to escape these police controls, the Chinese of Belleville prefer to work at night, when these controls are less frequent. "At the risk of being attacked more easily, at the mercy of customers who are often under the influence of alcohol", he continues. A long list of perverse effects, which, by a ricochet effect, affect the nature of the different territories.

à Strasbourg-Saint-Denis, quartier historique de la prostitution depuis presque deux cents ans, phénomène traditionnellement bien mieux accepté des riverains qu'à Belleville, les premières verbalisations ont poussé les prostituées chinoises à travailler plus tard la nuit, notamment à l'angle de la rue Saint-Denis et du boulevard Saint-Denis. Problème, informellement, ce secteur est investi par des prostituées africaines nigérianes passé une certaine heure, et elles sont sous la vigilance de leur mac. Cette nouvelle cohabitation provoque de fréquentes bagarres entre deux communautés déséquilibrées du point de vue des macs et des réseaux - les Chinoises sont moins inféodées aux proxénètes du fait, notamment, de leur moyenne d'âge (43 ans) et des petits métiers qu'elles ont effectués avant d'être prostituées. Ces dernières étaient bien souvent ouvrières dans le nord-est de la Chine, avant d'être nounous dans des familles chinoises du sud de la France. << Je sais que, à partir de 3 heures du matin, je dois quitter le trottoir, sinon on se bagarre avec les Africains >>, déplore Liu, une quadragénaire du quartier qui ne travaille plus qu'en soirée. Avant de se diriger boulevard de Strasbourg, elle attrape un sac en plastique dans lequel elle fourre quelques fruits. Comme elle n'a pas été informée de la fin du délit pour racolage passif, elle s'en munit tous les jours, afin de prétexter, en cas de contrôle, une sortie au supermarché. Elle n'a pas davantage entendu parler des << parcours de sortie >>, volet social phare de la loi dont le décret vient d'être voté - après six mois de mesures exclusivement répressives.

In Strasbourg-Saint-Denis, an historic district of prostitution for almost two hundred years, and in Belleville, where it has become a widely accepted phenomenon, the first controls pushed Chinese prostitutes into working late at night, especially at the corner of rue Saint-Denis and the boulevard Saint-Denis. The problem is that this sector is occupied by Nigerian prostitutes after a certain time, and they are under the watchful eye of their pimp. This new co-habitation causes frequent fights between the two unbalanced communities - the Chinese are less dependent on pimps, because of their average age (43 years) and the trades they have experienced before becoming prostitutes. The latter were often workers in northeastern China, before becoming nannies in Chinese families in the South of the France. "I know that from 3 o'clock in the morning, I must leave the streets, otherwise we're fighting with Africans," says Liu, a forty-year old in the neighborhood who no longer works in the evening. Before heading to boulevard de Strasbourg, she grabs a plastic bag in which she put some fruit. As she has not been informed of the ending of the offence of passive solicitation, she carries the bag all the time, so as to provide an excuse in the case of a police control, that she is engaged in a trip to the supermarket. She has not heard of the the "exit course", the social lighthouse of the new law - and this is after six months of exclusively repressive measures.

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